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Aide à l’élaboration de scénarios de crise dans le domaine des risques naturels
Written by Jean-Louis NEDELLEC   
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L’île de la Réunion, du fait de son climat et de son relief, concentre de nombreux phénomènes naturels à risques tels les mouvements de terrain, les inondations, et les cyclones. Afin de limiter les conséquences de ces phénomènes sur les personnes, sur les biens et sur les équipements, l’Etat et les collectivités ont depuis plusieurs décennies engagé une politique de gestion des risques naturels. Traditionnellement, la gestion des risques naturels s’articule autour de 4 axes majeurs : la connaissance des risques, la prévention, la protection et enfin les secours.

La connaissance des risques repose d’une part sur l’observation et l’étude dans le milieu naturel des phénomènes dangereux et de leurs conséquences, le retour d’expérience constituant alors un enseignement essentiel, et d’autre part sur la modélisation des phénomènes physiques à l’origine des risques (maquettes, modèles numériques, etc.). Les objectif de ces études sont multiples : identifier les mécanismes à l’origine des phénomènes à risques, définir les paramètres objectifs permettant de localiser les zones exposées, évaluer la vulnérabilité des enjeux menacés. Cette étape, le plus souvent réservée aux techniciens et aux chercheurs, est indispensable pour engager les actions suivantes.
La prévention consiste d’abord à identifier les zones exposées aux phénomènes dangereux (cartes d’aléa et cartes de risque). Il s’agit alors d’informer les populations ou les usagers des risques encourus dans ces secteurs (Atlas, Documents Communaux Synthétiques, etc.), mais également d’y réglementer l’urbanisation (Plan Local d’Urbanisme, Plan de Prévention des Risques, etc.).
Le 3ème axe consiste à mettre en œuvre des mesures de protection, soit empêchant les phénomènes à risques de se développer (ex : murs de soutènement contre les glissements de terrain), soit évitant que des enjeux soient touchés par le danger (ex : fosse piège à blocs), soit en renforçant la vulnérabilité des équipements et des habitations (ex : règles paracycloniques). On soulignera que ces mesures de protection doivent être adaptées aux phénomènes auxquels elles s’opposent et aux enjeux qu’elles protègent.
Enfin le dernier axe intervient lorsque la prévention et la protection n’ont pas permis de maîtriser tous les problèmes à l’échelle du territoire. Il s’agit des secours aux victimes et aux biens. Cela passe bien sûr par le réseau d’intervention des sapeurs pompiers et le secteur hospitalier, mais également par l’intervention d’urgence sur les équipement afin de rétablir les réseaux de communication et d’énergie dans les meilleurs délais (EDF, France Télecom, DDE, Conseil Général, etc.).
Dans ce contexte, les scénarios de crise sont un lien entre les 3 premières démarches (connaissance, prévention et protection) et les secours d’urgence. En effet, en premier lieu, il s’agit sur une zone d’étude relativement vaste d’identifier les enjeux exposés à des phénomènes à risques. Puis, on applique soit un évènement déclencheur unique de référence, touchant une vaste surface et limité dans le temps (ex : séisme, cyclone, intempéries, tsunami), soit une série d’évènements plus limités sur une durée de temps fixée (ex : mouvements de terrains sur 10 ans). Cette étape a pour objectif d’examiner leur impact sur les enjeux exposés. Les conséquences des phénomènes à risques peuvent être multiples : menaces sur les vies humaines, destruction d’ouvrages, d’habitations, d’équipements, sans abris, dysfonctionnement de réseaux de communication ou d’énergie, pénuries de biens de première nécessité, pertes d’emplois, impact environnemental, etc. Le scénario permettra de quantifier l’impact des phénomènes à risques à l’aide d’indicateurs exploitables (ex : nombre de blessés graves, nombre de sans abris, nombre de foyers non alimentés en électricité, durée coupure de route, montant de réparation, etc.). De plus, ces impacts seront localisés dans espace à l’aide de cartes informatives. Selon le destinataire du scénario, ce dernier peut se focaliser sur un ou plusieurs indicateurs de crises. Par exemple, la protection civile sera en priorité intéressée par les menaces sur les vies humaines et sur les possibilités d’intervention, là où un exploitant routier devra également intégrer les dysfonctionnements sur le trafic. Un distributeur d’énergie sera plus intéressé par la menace directe sur ses installations de production ou de coupure d’alimentation sur des édifices stratégiques. Enfin, l’aspect socio-économique (perturbation du réseau économique, pertes d’emplois) sera essentiel pour des collectivités locales, en plus des menaces sur les vies.
L’intérêt des scénarios de risque est multiple :

  • identifier les secteurs ou les ouvrages les plus problématiques, en intégrant une vision des risques qui va très au-delà des considérations classiques qui s’arrêtent trop souvent à l’aléa. Cela permet de redéfinir les priorités en matière de communication, de prévention et de parades
  • vérifier si les moyens de secours sont adaptés aux situations de crises : nombre, localisation et nature de ces moyens, réactivité et possibilité d’intervention rapide. Un redéploiement optimal des moyens d’urgence pourra alors être envisagé
  • examiner les possibilités de mutualisation des moyens de secours sur des secteurs pouvant être débordés
  • préparer les unités d’urgence à des exercices d’intervention mieux adaptés
Dans ce cadre, le BRGM s’engage depuis plusieurs années dans l’élaboration de scénarios dans les domaines des risques naturels. Quelques exemples peuvent être cités:
  • en matière de risques sismiques, des scénarios ont été réalisés sur les communes de Fort France (Martinique), et de Nice (Alpes Maritimes) – programmes GEMITIS, et sur l’agglomération trans-frontalière entre Nice et Vintimille (frontière franco-italienne) – programme GERIA. De même, un programme transfrontalier entre l’Espagne, la Principauté d’Andorre et la France est en cours d’élaboration – programme Isard. De plus, afin d’optimiser la programmation des PPR sismiques, des scénarios départementaux de risque sismique ont été lancés en métropole, le premier s’achevant sur les Bouches du Rhône
  • en matière de mouvements de terrain, pour le compte du Ministère de l’Écologie, le BRGM a lancé des pilotes de scénarios départementaux, et des scénarios urbains de risques de mouvements de terrain et d’effondrement de cavités souterraines
Sur le territoire de l’île de la Réunion divers programmes peuvent être envisagés pour répondre aux besoins des gestionnaires du risque :
  • en collaboration avec la protection civile, et sur la base des cartes d’aléa PPR déjà élaborées, il serait possible de mieux intégrer la vulnérabilité physique et fonctionnelle des constructions stratégiques (casernes, hôpitaux, relais télécom, route) et l’exposition des individus en cas de catastrophe majeure (calcul de victimes et de sans abris). Il conviendrait alors d’examiner l’adaptation des moyens de secours à l’urgence virtuellement crée. Plusieurs types de phénomènes pourraient être examinés. Cependant, en plus des risques de mouvement de terrain et d’inondation, traditionnellement envisagés, la prise en compte du risque de Tsunami pourrait induire un nouvel éclairage sur les dangers menaçant le territoire de l’île. A ce titre, le BRGM a développé des modèles de propagation de tsunami tout à fait adaptés à la problématique des scénarios ;
  • en collaboration avec un gestionnaire routier, il serait possible, en plus de ce qui est fait traditionnellement en matière d’aléa mouvements de terrain, d’intégrer pour une période de temps donnée (par exemple : 5 ans, 20 ans ou 50 ans) la vulnérabilité des éléments à enjeux afin d’évaluer : les secteurs potentiellement les plus dangereux pour les vies humaines, les zones les plus affectées par les coupures de circulation (en fournissant un ordre de grandeur de temps de coupures), et les zones nécessitant le plus de réfection d’ouvrage (avec chiffrage de ces interventions). Ces scénarios permettraient également de proposer des solutions graduelles de mises en sécurité. Grâce à un outil informatique spécifique, il serait possible au gestionnaire routier de tester et de comparer chaque solution de mise en sécurité et d’en vérifier l’impact sur les risques, que cela soit sur un critère de vie humaine, de trafic ou de coût de travaux. Il s’agira alors d’un outil très utile d’aide à la programmation de travaux.